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Photographie croisée

Récits de traitement et de photographies croisés.

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Sous la lune, France, 2010

Sous la lune, France, 2010

Sous la lune, photographie légendée

Ça a commencé il y a cinq ans, avec Jim Dale. Stephen Fry a pris le relais, treize fois pour les sept volumes d’Harry Potter. Denis Podalydès et le Voyage, huit fois. François Berland avec Les liaisons dangereuses, Les rois maudits, Le nom de la rose, mille fois. Puis, tous azimuts, arrivent d’autres classiques, des polars, de la psychanalyse, de la poésie, du théâtre, en français, en anglais… une soif inextinguible de ces lectures les journées devant l’ordinateur et jusqu’au bout de la nuit. Elles portent la retouche photo, elles meublent les couloirs de la RATP, les bus ne se font plus attendre, les TGV accélèrent. Les voix les plus talentueuses peuplent la lande, arrêtent la pluie, élargissent les horizons du désert et donnent vingt vies. Le livre audio est un compagnon de 160 gigas au fond de ma poche, il filtre la réalité, il s’accorde à toutes mes humeurs. Et puis, il y a les séries américaines…

12/06/2011, Hermance

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Pigeon, Paris, 2009

Pigeon, Paris, 2009

L’oiseau fait son nid, photographie légendée

Nul photographe ne l’ignore, le traitement croisé consiste à utiliser du film ekta et à le développer dans la chimie C41, normalement dédiée au film négatif, plutôt que dans la chimie E6, où elle devrait être plongée. Le résultat est une image saturée, contrastée, aux couleurs fantasques. Effet esthétique qui n’est pas sans charme quand l’image ne se résume pas à cela. Je m’en sers pour des prises de notes visuelles dont je ne m’inquiète pas du résultat et que je développe presque par hasard des mois plus tard. Aujourd’hui ces œufs sont des pigeons adultes qui ont à leur tour mis leurs œufs au monde.

16/06/2011, Hermance

Œufs, Paris, 2011

Œufs, Paris, 2011

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Owl butterfly, Londres, 2009

Owl butterfly, Londres, 2009

L’apparition magique, photographie légendée

Je ne sais pas comment cela se calcule, mais écrivez moi si vous avez la réponse. Pas tous en Europe, mais tout de même sept milliards d’êtres humains à la surface du globe, dont un auteur célèbre qui vit en Écosse, et une photographe qui habite Paris. Celle-ci passe dix jours d’août en Ecosse, à guetter, en vain, l’auteur au coin de la rue, puis l’automne suivant un week-end à Venise avec visite des lieux touristiques, hasard des ruelles, déjeuner tardif dans un restaurant de bonne tenue, mais ni connu ni cher, et là, un éblouissement : l’Auteur, à la table voisine, c’est-à-dire à 87 centimètres pendant 72 minutes. Effarement aphasique devant l’apparition, son plat de pâtes et son mari. La reine d’Angleterre juchée sur une licorne tirant un lion en laisse m’aurait parue plus réelle. J’ai du me pincer, littéralement. La probabilité est-elle supérieure de gagner au loto ?

17/06/2011, Hermance

PS 1 : j’ai un témoin.

PS 2 : aucune réciprocité des émotions lisible dans l’œil de l’Auteur quand nos regards se sont croisés.

PS 3 : est-il maintenant exclu que je gagne au loto ?

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Allée dégagée, Fontainebleau, 2011

Allée dégagée, Fontainebleau, 2011

À un fil, photographie légendée

En parlant de probabilité au coin du nez… Le parc du château de Fontainebleau est un espace dompté où la nature pousse au carré, ornée de paons et de personnes du troisième âge.

Nature au carré, Fontainebleau, 2011

Nature au carré, Fontainebleau, 2011

Des jardiniers s’y affairent toute l’année, les enfants se baladent en calèche, les touristes s’émerveillent de notre glorieuse Histoire de France.

Françoise, Fontainebleau, 2011

Françoise, Fontainebleau, 2011

Je m’émerveille moi du hasard qui m’a mise au milieu de l’allée déserte, si l’on m’excepte, au moment où des craquements profonds et des bruissements de feuillage, ce jour sans vent, me font lever le nez vers la cime d’un arbre planté à un mètre cinquante. Planté, mais pour encore deux secondes à peine, car il est en train de s’abattre en travers du chemin, mi-déraciné, mi-rompu. Il est exactement où je me serais trouvée si je n’avais entendu le début de sa chute. Remise d’un événement si surprenant, je prends avec mon vieux téléphone portable les premières photos jamais faites avec. Impossible de mettre la main sur le fil qui permettrait le transfert de ces images ! Alors en attendant, voici celles prises, trois semaines plus tard, en argentique. L’allée a été dégagée et je me dis que si deux tours tombaient à mes pieds, je devrais sérieusement attraper ce fil.

18/06/2011, Hermance

Le passage de la calèche, Fontainebleau, 2011

Le passage de la calèche, Fontainebleau, 2011

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Layered beech, Écosse, 2009

Layered beech, Écosse, 2009

Layered beech, photographie légendée

En suivant le chemin tortueux qui mène au château, l’arbre m’a assommée. Planté là au 17e siècle, il est époustouflant. Il est le plus beau des cinq spécimens que l’on trouve en Grande-Bretagne, dont deux dans le parc du château de Kilravock. Puisqu’ici tout est possible, ce n’est pas invraisemblable : ce colosse majestueux est le Whomping Willow. Mais même à 6h du matin, il ne se laisse pas surprendre en train d’agiter ses branches tentaculaires, et pose pour son portrait en majesté.

19/06/2011, Hermance

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Carpe diem, Paris, 2011

Carpe diem, Paris, 2011

Carpe diem, photographie légendée

À Paris, cette veille d’été est mouillée. Si les carpes éprouvent quelque chose c’est sans doute de la reconnaissance pour le ciel. Six mois plus tôt, après un réveillon à l’Hacienda Casino de Boulder, ce qui compte est de prendre la route au plus vite, nous y reviendrons. La marina de Lake Mead flotte à quelques kilomètres de là. Le Boat House café accueille le lève-tôt du 1er janvier par une carte des petits déjeuners à se damner. Muffins, pancakes, hashbrown, œufs brouillés, œufs miroir, bacon, saucisses, steaks, café et ses déclinaisons crémeuses, avec vue sur la baie. La métaphore baseball imprègne la langue vernaculaire. Un grand slam est un tour complet du joueur qui vient de frapper la balle, permettant par ailleurs à ses coéquipiers, postés en attente sur les trois bases, de réaliser un « home run » ; où le maximum qu’il est possible d’obtenir est obtenu. En langage petit déjeuner, c’est la même chose : œufs, bacon, saucisses, pancakes. « Un grand slam, s’il vous plait, avec un peu de hashbrown en plus. » Café chaud à volonté. En sortant de table, ébloui par le soleil, on tangue un peu sous les délices de poisons ingurgités d’un coup, en l’honneur de 2011. Des marins du lac dégonflent des pères noël, ôtent les guirlandes et sapins de leurs bateaux, grattent les hublots des écritures au spray à paillettes qui enjoignent chacun à une bonne année. Ici, le 1er janvier c’est déjà l’été. Lors du retour à la terre ferme, par le ponton, des carpes de partout suivent l’ombre du rassasié, espérant de quoi gober. À croire que c’est toujours du ciel que les carpes attendent des bienfaits.

20/06/2011, Hermance

Carpes de Lake Mead, Nevada, 2011

Carpes de Lake Mead, Nevada, 2011

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Point de vue à Lake Mead, Nevada, 2011

Point de vue à Lake Mead, Nevada, 2011

Si jeunesse savait, photographie légendée

Donc, à la sortie du Hoover dam, sublime, coincé entre Lake Mead, sa marina, et Boulder City, Nevada, est un établissement de standing, l’Hacienda hôtel casino. Il est voyant comme un phare, et dans la nuit du 31 décembre 2010, sans réservation nulle part, il est promesse d’un refuge festif, plutôt que feu de naufrageur. Comme ses grands frères de Vegas, ce complexe hôtelier loge sa clientèle joueuse au dessus des bandits manchots et autres tapis verts où les margaritas soutiennent la mise. Mais, ça n’est pas Vegas, luxueuse, démesurée, sans fin, ici, c’est l’hacienda des déclassés. Si la salle de bain est vaste et la baignoire pour éléphant remplacé par une douche, comme une flaque, avec des sièges moulés en plastique granuleux marrons, c’est que cela est plus accessible. J’ai l’impression d’être à l’hôpital. La descente au cœur du casino est un ascenseur partagé avec des femmes vieilles en robe fuseau à paillette argent et serre-tête où se dresse un Happy New Year en paillette rouge, elles me promettent de boire tout ce qu’elles peuvent, yééé. Une chanteuse défraîchie s’égosille à faire pleurer à ses pieds des messieurs branchés à des bouteilles d’oxygène. Les plus valides dînent au buffet à volonté pour 8,99$. La clientèle de choix, c’est les truckers à qui la nuit dans l’établissement est offerte. Je n’en vois pas un seul, ou alors en retraite. J’ai trente-trois ans, une serveuse fripée m’appelle « kid », je n’ai pas pris mon passeport et je ne suis pas sûre qu’elle va me servir ce verre de vin. Ce n’est pas la mort à boire. C’est une soirée aspartame qui voudrait être sucre, diabète oblige. Cette licence médiocre, caricature de fête, avec joie trop voyante, donne l’impression que le casino fait le pari gagnant qu’on ne renonce pas à croire et faire croire. Le matin, le plus tôt possible, en chargeant la voiture, indûment garée sur l’une des trente places handicapés qui cernent l’entrée, j’observe un monsieur bancal en survêtement satiné tiré par un chien microscopique à dreadlocks répugnants qu’il n’a pas la force de promener au-delà du massif séché qui décore le porche d’accueil, le chien s’y soulage. Je pense à ma grand-mère et son « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ».

22/06/2011, Hermance

Parking, Fontainebleau, 2011

Parking, Fontainebleau, 2011

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Mural, Californie, 2010

Mural, Californie, 2010

Mural, photographie légendée

Aux portes de Joshua Tree National Park se trouve 29 Palms. Étrange ville dont on cherche en vain les 29 palmiers qui lui donnent son nom. On compte, par contre, plus de 29 coiffeurs spécialisés dans les « marine hair cuts » et davantage encore de salons de massages, toutes des spécialités venues d’Asie. Bref, c’est une ville de garnison. Ce 25 décembre, pas un militaire dans les rues, mais des dizaines de fresques à leur gloire tapissent la ville. Le mural de la photo s’étale sur le mur d’un salon de massages japonais. Une peinture de guerre qui donne du cœur à l’ouvrage, certainement. Quand on quitte la ville, on n’est pas sûr de ne pas avoir traversé un mirage du Mojave desert…

11/06/2011, Hermance

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Tunnel de second choix, France, 2010

Tunnel de second choix, France, 2010

Second choix, photographie légendée

Ce tunnel, n’a pas été sélectionné pour Zones à risque, il faisait doublon avec celui photographié en Espagne.

Tunnel de la jungle aveyronnaise, France, 2010

Tunnel de la jungle aveyronnaise, France, 2010

Quant à celui-ci, outre une erreur de chargement du châssis avec un négatif noir et blanc, prévu ce jour-là pour une autre série, il donne une image plus conventionnelle, même s’il est amusant de voir que, telle l’armoire de C.S. Lewis, passer de l’autre côté des rails, permet de pénétrer la jungle (aveyronnaise).

Wagon, France, 2010

Wagon, France, 2010

Par association d’idée, ce wagon, une belle scène potentielle, sacrifiée aux tags, car elle ne vaut pas de faire triplette avec de meilleures images : les Cœurs et la Rue Watt. Toutes deux images plus surprenantes. Les Cœurs donnant l’idée d’un crime sur fond rose, amours sordides. La Rue Watt, tunnel sous les rails d’Austerlitz, et son tag discret au délicat message… Une histoire qui se mord la queue. Voilà comment des photographies qui pourraient fonctionner partent à la poubelle, voilà pourquoi il faut renouveler son mode opératoire pour que l’art et le crime paient.

24/06/2011, Hermance

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Grande serre, Londres, 2010

Grande serre, Londres, 2010

Serretitude, photographie légendée

J’aime la ville, le temps gris, l’anonymat et les jardins botaniques. Et, au cœur de tout, la serre.

Serre, Londres, 2010

Serre, Londres, 2010

La serre ou la conquête du monde et ses trésors rapportés. Pour que vivent de belles plantes qui ne s’acclimatent pas, on forge une bulle de verre. Ces prisonnières vous reçoivent et vous racontent leur pays de sensations. L’indicible plaisir d’observer leurs formes, d’épier leurs habitudes, de partager leur parfum, l’exotisme chaud et humide des contrées où nous ne sommes plus nous-mêmes. Dans cette exploration le visiteur se dilate, les limites du corps se dissolvent, l’air qu’il respire l’absorbe. Qui ne ressent pas le ravissement d’être sollicité par tous les sens ? Explosion luxuriante. Musique d’eau. Éclatement coloré. Gigantesques,  minuscules, les plantes s’épanouissent, sont des couloirs vivants et forment des toitures mal jointes qui laissent filtrer des pointes de lumière dans la semi-obscurité. L’organisme autour de soi devient le sien. Plus esthétique que charnelle, la serre de Londres n’est pas si brûlante, mais elle est le souvenir et la promesse d’autres jeux.

29/06/2011, Hermance

Enserrée, Londres, 2010

Enserrée, Londres, 2010

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Coquelicots, Londres, 2010

Coquelicots, Londres, 2010

Bouquet d’été, photographie légendée

Pour faire un bouquet d’été

Rouge violet rose vert

Vite, allez vous balader

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Au feu à droite tournez

Suivez le chemin de pierre

Pour faire un bouquet d’été

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A l’église juste à côté

Très tranquille et de rien l’air

Vite, allez vous balader

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Les plus belles sont au curé

Rosiers sur tige, offerts

Pour faire un bouquet d’été

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Bien traités toute l’année

Le curé sait y faire

Vite, allez vous balader

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Et piquez-lui ces beautés

Que pourrait-il en faire

Vite, allez vous balader

Pour faire un bouquet d’été

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Une villanelle en fleurs.

21/06/2011, Hermance

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Tour Eiffel, Paris, 2005

Tour Eiffel, Paris, 2005

Cartes postales, photographie légendée

Deux dames de Paris. Tout le monde les connait, elles ont fait de sacrés histoires, chacun les a fréquenté, au moins une fois, et il parait que les autres feraient le tour du monde pour un hommage. C’est qu’elles ont beau être ouvertes à tous les vents, elles savent se tenir, et les brumes froides du petit matin de décembre n’ôtent rien à leur légendaire élégance de Parisienne.

13/06/2011, Hermance

Notre-Dame, Paris, 2006

Notre-Dame, Paris, 2006

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Gave d'Aspe, France, 2010

Gave d'Aspe, France, 2010

Logique paysagère, photographie légendée

Il n’y a pas beaucoup à en dire. La plupart du temps, quelque chose se dessine. En traversant le paysage, on le balaie du regard, parfois le pressentiment d’une harmonie accroche l’œil. Une logique interne se met en place, le photographe la cadre pour la souligner et la partager. Du confort ou du malaise de l’œil peuvent naitre des sensations, des humeurs, des souvenirs, bref, ce que l’on y met. Et la qualité de cet espace est précisément qu’il laisse le spectateur s’y projeter. Il doit faire le chemin jusqu’à la fenêtre et vérifier que ce qui a touché le photographe est bien là, pour lui aussi.

15/06/2011, Hermance

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Zabriskie Point, Californie, 2010

Zabriskie Point, Californie, 2010

Badlands de la mort, photographie légendée

Death Valley mythique. Toutes les pellicules de tous les visiteurs et les capteurs de millions d’appareils photo ont saisi l’empreinte lumineuse des monts chauves de ces badlands. S’il s’en donnait la peine, Hercule trouverait un cliché de cette vue, par jour, depuis l’invention du tourisme à Zabriskie Point. Tous un. Mais ne boudons pas le plaisir du spectacle de la nature. Kodak la sanctifie, l’herbe ne repousse pas. Une photographie, et hop, circulez.

01/07/2011,  Hermance

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Gorille de badlans, Utah, 2010

Gorille de badlands, Utah, 2010

Gorille de badlands, photographie légendée

Au nord de l’Arizona, le barrage de Glen Canyon retient l’eau de la Colorado river qui forme le Lake Powell. Le canyon est englouti dans cet immense réservoir. En franchissant le barrage, on passe en Utah, et les bords du lac sont des badlands. Le nom le dit, les badlands sont des étendues de terre grasse, non exploitables. Leurs formes douces, un harmonieux plissé pour certaines, un arrondi de chat en boule pour d’autres, tranquillisent l’œil. L’eau de pluie et les rochers qu’elle a arrachés à une montagne hors-champ dessinent au couteau des ravines. Sous le soleil, cette terre se transforme en larges croûtes craquelées dont les bords se redressent. Sans végétation pour la protéger, elle est nue, exposée, abandonnée. Ce jour-là, la terre est gorgée de l’eau de la dernière pluie. En trois pas, des enclumes de glaise collante alourdissent les semelles. Le paquet grossit à chaque contact avec le sol et entrave l’avancée vers… plus d’embourbement. Les pneus du 4×4 patinent, se chargent de terre, restent enracinés au milieu de rien. Comme on ne peut pas non plus marcher, une légère panique s’installe. Comment se forment les sables mouvants déjà ? Au bord du cadre, au loin, un gorille de pierre a glissé sur le dos et semble battre des pieds pour chasser les nuages.

30/06/2011,  Hermance

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