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Jeudi Sainte-Symétrie

avril 5, 2012
Sainte-Symétrie, 2011

Sainte-Symétrie, 2011

Si vous venez ce dimanche au cours de perfectionnement photographique, nous causerons ensemble de lecture d’image. Tout est sous nos yeux, éclatant, pourtant la lecture d’image révèle la géométrie secrète de la répartition des formes au service d’une idée. Dévoiler les ressorts de l’image c’est faire la somme de ses caractéristiques et comprendre pourquoi cela à un sens, et spécifiquement, un sens pour nous. Prenons l’image ci-dessus. Rien de palpitant a priori. Trois espaces verticaux, celui du centre un peu plus large contient, classiquement, le sujet principal de l’image. Au premier coup d’œil, égaux, ces trois surfaces sont, en fait, de tailles légèrement différentes ce qui à pour résultat de marquer une perspective. Celle-ci est soulignée par la taille de ce qu’on suppose être des poignées. On comprend que le panneau du centre est certainement un miroir, et le photographe s’est décalé pour deux raisons : y montrer ce qui le frappait et ne pas s’y voir. S’y montrer aurait changée la nature d’une photographie devenant autoportrait et révélant trop vite que c’est dans le reflet du miroir d’une armoire que l’on lit partiellement l’espace de cette chambre. Ici le doute, c’est-à-dire, le mystère, subsiste un peu. Vient-on de tirer des portes coulissantes ? A-t-on le droit d’être-là ? Comme dans l’univers de C.S. Lewis, est-ce par le fond de l’armoire que l’on pénètre un monde magique ? Il est en tout cas certain que les deux portes et leur poignée ouvragée sont deux colonnes qui stabilisent et retiennent le spectateur et dont le flou, résultat de la profondeur de champ, insiste sur la distance prise avec le sujet. On parle de premier plan, et classiquement, ce premier plan est un cadre. Il y a plusieurs autres cadres dans l’image. Les rectangles verticaux des portes de l’armoire donc, le rectangle du mur du fond et sa limite: on entraperçoit un morceau du plafond, les rectangles horizontaux des têtes de lits, les ovales au mur, les lits jumeaux même semblent deux entités parallèles qui cadrent le corps au repos. Les lits sont parallèles à l’armoire et la grande différence de tailles des poignées, qui trahit l’usage d’un objectif grand-angle, marque l’étroitesse des lieux et la perspective fuyante du mur qui se dérobe. L’évidence frappante de cette image est sa symétrie et son fonctionnement par paires. Par contraste, cela souligne le point central, placé le plus haut dans l’image, le crucifix unique. Il serait impensable ici d’accrocher au mur deux crucifix l’un a côté de l’autre. Le Christ par son sacrifice rachète seul les péchés de l’humanité. Imaginez le comique absurde de deux Christs l’un à côté de l’autre qui partageraient leur expérience sur terre, frères jumeaux qui monteraient ensemble au ciel raconter l’histoire à leur père. Les poignées de portes dorées et les petites rayons au dessin typique des années trente semblent ceux d’une lumière divine qui rayonne discrètement. La dominante rouge de l’image, voile typique des tirages un peu passés, souligne que ce que l’on voit est d’un autre âge, ou, contrairement à ce que dit Roland Barthes dans La chambre claire (justement !), cette image d’un moment unique ne semble pas unique du fait de ne pas devoir se reproduire. Tout est ordonné car c’est tous les jours le calme plat. Une lampe au pied de cristal, une boîte de mouchoirs en papier, deux tables de chevet dont l’ouverture est tournée vers un seul lit, facilitant ainsi accès à une petite radio et un téléphone, ces éléments qui ne sont pas doublés racontent une solitude bien humaine. Et les pans de vide qui enserrent le centre de l’image serrent la gorge de raconter la séquence infiniment brève d’une existence. Voilà quelques éléments de lecture d’une photographie qui ne marquera pas l’histoire de la discipline, mais qu’il n’est pas désagréable d’observer et de se demander pourquoi on le fait… ce qui n’est d’ailleurs pas répondre à pourquoi on la prendrait en photographie.
Hermance

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