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Si jeunesse savait, photographie légendée

juin 22, 2011
Point de vue à Lake Mead, Nevada, 2011

Point de vue à Lake Mead, Nevada, 2011

Donc, à la sortie du Hoover dam, sublime, coincé entre Lake Mead, sa marina, et Boulder City, Nevada, est un établissement de standing, l’Hacienda hôtel casino. Il est voyant comme un phare, et dans la nuit du 31 décembre 2010, sans réservation nulle part, il est promesse d’un refuge festif, plutôt que feu de naufrageur. Comme ses grands frères de Vegas, ce complexe hôtelier loge sa clientèle joueuse au dessus des bandits manchots et autres tapis verts où les margaritas soutiennent la mise. Mais, ça n’est pas Vegas, luxueuse, démesurée, sans fin, ici, c’est l’hacienda des déclassés. Si la salle de bain est vaste et la baignoire pour éléphant remplacé par une douche, comme une flaque, avec des sièges moulés en plastique granuleux marrons, c’est que cela est plus accessible. J’ai l’impression d’être à l’hôpital. La descente au cœur du casino est un ascenseur partagé avec des femmes vieilles en robe fuseau à paillette argent et serre-tête où se dresse un Happy New Year en paillette rouge, elles me promettent de boire tout ce qu’elles peuvent, yééé. Une chanteuse défraîchie s’égosille à faire pleurer, à ses pieds, des messieurs branchés à des bouteilles d’oxygène. Les plus valides dînent au buffet à volonté pour 8,99$. La clientèle de choix, c’est les truckers à qui la nuit dans l’établissement est offerte. Je n’en vois pas un seul, ou alors en retraite. J’ai trente-trois ans, une serveuse fripée m’appelle « kid », je n’ai pas pris mon passeport et je ne suis pas sûre qu’elle va me servir ce verre de vin. Ce n’est pas la mort à boire. C’est une soirée aspartame qui voudrait être sucre, diabète oblige. Cette licence médiocre, caricature de fête, avec joie trop voyante, donne l’impression que le casino fait le pari gagnant qu’on ne renonce pas à croire et faire croire. Le matin, le plus tôt possible, en chargeant la voiture, indûment garée sur l’une des trente places handicapés qui cernent l’entrée, j’observe un monsieur bancal en survêtement satiné tiré par un chien microscopique à dreadlocks répugnants qu’il n’a pas la force de promener au-delà du massif séché qui décore le porche d’accueil, le chien s’y soulage. Je pense à ma grand-mère et son « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ».

Hermance

Parking, Fontainbleau, 2011

Parking, Fontainbleau, 2011

[Au salon Massato, dix paysages américains joyeux !]

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