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Quand il n’y avait pas de miroir, il y avait la photographie!

mai 4, 2011
Au cours de recherches récentes à l’occasion de la préparation d’un cours sur l’analyse de photographies, j’ai trouvé dans Études photographiques de novembre 2004, un long article de Sylvain Maresca : L’introduction de la photographie dans la vie quotidienne, et lu cette frappante vérité d’une autre époque :

[…]

La première fois qu’il se vit en entier dans un miroir, il avait 28-29 ans. Aussitôt, il s’est déshabillé : « En entier, pour voir comment j’étais fait. J’ai dit : “Bon Diou, ben comment que j’suis foutu ?” ». Cet homme exprime ici un sentiment de surprise et de découverte devant l’image que lui renvoie la photographie parce que, pour la première fois, il s’y voit en entier. Il importe de s’attarder sur le passage de ce seuil : non seulement, l’enfant en question a déjà 8 ans, mais nous sommes en 1928. Il faudra attendre 1948-1949 pour que cet enfant devenu adulte puisse examiner son corps en détail devant une glace en pied. C’est évidemment incroyablement tardif à nos yeux, habitués que nous sommes aujourd’hui à vérifier quotidiennement notre reflet dans le miroir et à disposer quasiment en temps réel de portraits photographiques. À l’aube des années 1930 et même probablement jusqu’à la Seconde guerre mondiale, ce luxe narcissique n’était pas à la portée de tout le monde. Là encore, la différence est manifeste entre les familles de la bourgeoisie ou des classes moyennes urbaines, et la masse des familles populaires ou paysannes : les premières possédaient communément des miroirs, souvent de grande taille – encore que certains étaient purement d’apparat (la glace au-dessus de la cheminée du salon) – tandis que les autres se contentaient d’une petite glace dans la cuisine pour les besoins expéditifs de la toilette quotidienne : on se lavait sous le regard des autres, mais on ne se voyait pas.

Il importe d’insister sur cette absence de visibilité de soi si l’on veut comprendre la nouveauté apportée par la photographie : cette catégorie d’image a offert leur première image complète à un nombre incalculable de personnes d’extraction modeste. Cela valait encore pour les enfants nés pendant les années 1930, soit un siècle après l’invention de la photographie. Le médium a indubitablement contribué à populariser le portrait, mais cette démocratisation s’est opérée lentement : non seulement, celle-ci n’était pas encore acquise avant la Seconde guerre mondiale, mais l’obtention d’un portrait photographique y exerçait encore un effet de révélation considérable, en relation avec la méconnaissance visuelle que beaucoup d’individus continuaient d’avoir d’eux-mêmes. Un enfant né à la campagne pouvait très bien grandir sans jamais se voir, sinon dans quelques reflets fugitifs et partiels, et ne pouvoir contempler ce à quoi il ressemblait véritablement qu’à partir de son entrée à l’école, ou plus tard à l’occasion des rituels qui amorçaient ou entérinaient son entrée dans la vie adulte.

[…]

cours photo grand format

cours photo grand format

Exercice donné lors d’un cours photo grand format : faire un portrait en respectant les codes de la photographie voyeuriste.

Où Yann, qui apprend la maitrise de la chambre 4×5 pouces, choisit de photographier Vanessa au miroir, justement!

Hermance

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