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Zones à risque – High Risk Zones

Zones à risque

Il était une époque où l’on cherchait à lire dans les yeux des morts la dernière image à avoir impressionné leur rétine avant la nuit. Ainsi espérait-on révéler l’identité du meurtrier. [Suite du texte introductif à Zones à risque sous les photographies.]

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[Suite du texte introductif à Zones à risque.]

Mais Jack The Ripper est resté un mystère et le frisson en est plus grand. Dans cette série de clichés, débutée en 2005, c’est sous le voile noir de la chambre 4×5 pouces que va se révéler la scène du crime dont l’empreinte se dessine sur le verre dépoli, à l’envers et inversée latéralement. L’objectif ne nous désigne pas l’assassin mais nous montre son théâtre.

Le spectateur, un peu voyeur, est à son tour coincé dans un espace sans perspective. Un paysage gris où projeter ses idées noires, un coin sombre où faire prospérer l’agonie d’un temps de pose long. Car c’est le spectateur le véritable assassin. Pour imaginer le pire, il est bon d’associer à son théâtre l’objet du crime. Le spectateur reconstitue naturellement le fil des événements. L’imagination se déploie librement. Sans date, sans heure, sans soleil, sans référence, sans perspective, un décor vide d’acteurs où tout peut advenir. Le plus sinistre d’abord. C’est bien meilleur. Sur la trace des fantasmes, des coins lugubres et des recoins macabres, les mouvements dramatiques, les issues bloquées et les sorties définitives. Le geste de l’assassin.

Parcourir depuis les Alpes le chemin des peurs de l’enfance, écarter du bout du bâton les fougères bellifontaines, déambuler dans les angles morts d’un Paris coupe-gorge ou voyager dans les espaces désolés d’Écosse, c’est faire la route à la recherche de fissures où coller son œil dans les murs élevés. Entrer côté jardin par les brumes d’une nature sauvage et sortir, plombé, au balcon avec vue sur la tour Eiffel, c’est se rappeler Atget dans un Paris sublime de petits matins vides. C’est explorer Repérages d’Alain Resnais en attendant le spectacle du drame. C’est admirer la majesté des horizons d’Adam Smith et croiser le regard de Bertillon. La photographie traversée par le frisson.

Associer l’arme au lieu pour trouver l’esprit de celui-ci est aussi un jeu… Qui est raide dans la baignoire ? Qui s’est tu dans le coffre de la Cadillac ? L’amour est au plus bas, la grue s’étrangle, le coeur s’arrête. Le crime progresse. Watt else ? Félicitations, vous allez commettre un crime parfait. On ne retrouvera pas la victime de vos rêves, son identité sera votre secret, le point final d’une oeuvre au noir exécutée sous le voile d’une brume pudique.

Hermance Triay
Paris, 1er novembre 2009

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[English version.]

High Risk Zones

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Travel is useful, it exercises the imagination. All the rest is disappointment and fatigue. Our journey is entirely imaginary. That is its strength.

It goes from life to death. People, animals, cities, things, all are imagined. It’s a novel, just a fictitious narrative. Littré says so, and he’s never wrong.

And besides, in the first place, anyone can do as much. You just have to close your eyes.

It’s on the other side of life.

Journey to the end of the night, Louis-Ferdinande Céline

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It was once believed that the final image beheld by the eyes of the dead before the curtain dropped remained imprinted on their retina. And that this could then reveal the killer’s identity. But Jack the Ripper remained a mystery, and in the end this is even more chilling.

In this photo series, begun in 2005, it’s beneath the dark cloth of a 4×5 view camera that the crime scene is revealed, leaving its upside down and backwards imprint on the ground glass. The lens doesn’t identify the killer, but it shows us the theater of his crime.

In turn, the viewer, a bit of a voyeur, is caught in a place with no perspective. A grey landscape where dark thoughts are projected, a shadowy spot where the agony of a long exposure can thrive. Because the real killer is the viewer.

To imagine the worst, it’s good to match the crime scene with the weapon. The viewer naturally recontructs the outline of events. The imagination runs wild in a setting devoid of characters where anything could happen. Beginning with the most sinister. That’s always the best. Hot on the trail of fantasies, dark corners and dreary spots, dramatic moves, dead ends and final exits. The killer’s act.

Wandering the Alpine trails of childhood fears, poking a stick into the ferns of Fountainbleau, lurking in the dead angles of cut-throat Paris, exploring the desolate Scottish Highlands or getting lost in the American plains, all in search of cracks in walls through which to peer. Entering stage right through the mist and fog of untamed wilderness to come out, ashen, on a balcony overlooking the Eiffel Tower means recalling Atget in a sublimely deserted early morning Paris. It means perusing Alain Resnais’s Repérages while waiting for the drama to unfold. It means admiring Adam Smith’s majestic skylines and meeting the eye of Bertillon. Photography that chills.

Matching the weapon to the scene to find its atmosphere is also a game. Who lies stiff in the bathtub? Who is decomposing in the greenhouse? Love has hit rock bottom, the crane chokes, the heart stops. The crime advances. Watt else?

Congratulations, you are about to commit the perfect crime. We’ll never find your dream victim, their identity will remain your little secret, the termination of a dark business carried out under the veil of a humble mist.

Hermance Triay


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