Flou d’angoisse
Un des moyens de réussir à rater sa photo est de s’approcher trop de son sujet. L’impossibilité technique, sans l’objectif adéquat, de voir une image nette se former n’empêche toutefois pas de la saisir. L’image ici proposée n’est qu’un quadrillage : huisseries et barreaux, fils électriques et clocher pointent et rythment la fuite. Même la nuit est tombante, même l’hideux copyright qu’exige un world wide web où l’on s’embarque autant que l’on est pris contribue à l’effet. Suspendue à son fil invisible, l’araignée seule reste sans vertige dans cette toile. Discret sujet de l’image, elle est floue comme la blonde Kim Novak qui ne tombe jamais du clocher (il en va différemment de la brune, bien entendu). Pauvre James Stewart, photographe voyeur, cloué à sa fenêtre par la force d’une jambe cassée, qui se réincarne en victime de vertige. Il n’y voit mie au loin, il n’y voit, pis, sous son nez. Piégé de n’être jamais à la distance d’y voir clair. Certains cauchemars s’évitent en tirant le rideau.
Hermance
