Ordinaire [6]
99 notes préparatoires à une rencontre extraordinaire, 6
56. « Comment expliquer le fait que les hommes soient d’abord séduits pas ce qui sort du commun ? Le singulier, l’inattendu, l’extraordinaire. Ils rêvent de grandiose, de sublime, d’originalité. Ils admirent les super-héros, vénèrent les grands hommes, se cherchent en Dieu. Ce qu’ils nomment divertissement se réduit bien souvent à une quête d’expériences qui les délivrent de leur condition d’ordinaire, d’être humain. Blaise Pascal voit dans le divertissement une façon de se détourner de la mort mais se divertir est aussi un moyen de donner un sens à l’existence, une raison de continuer, jour après jour, à faire quelque chose de sa vie. Or si c’est cela qui est en jeu, si ce que cherche l’homme par-dessus tout c’est d’accepter sa condition d’être humain, de se réconcilier avec l’existence au quotidien, alors la meilleure voie à explorer n’est-elle pas, en lieu et place du fantasme de l’extraordinaire, la réconciliation avec l’ordinaire ? » Introduction à une semaine aux Nouveaux chemins de la connaissance consacrés à l’ordinaire (France Culture, 21 novembre 2011).
57. S’apercevoir, après les avoir cherchées partout, que l’on a ses lunettes sur le nez.
58. « L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. » Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline
59. Mathusalem a vécu 969 ans de quotidien.
60. Il parait qu’à y regarder de plus près l’ordinaire est d’une inquiétante étrangeté.
61. Survivre à des dizaines de vendredi 13 et continuer à penser qu’« ils » portent malheur est effectivement étrange et inquiétant.
62. S’apercevoir qu’avec les années, partir à la recherche de ses lunettes sans déjà les porter les rend impossible à trouver est inquiétant.
63. Un bon moyen de rythmer et d’embellir l’ordinaire est de changer de cravate.
64. Les présentateurs du journal télévisé le savent bien, qui changent de cravate, tandis que les nouvelles restent les mêmes.
65. Il y a plus de dix ans, je me suis fait opérer de la myopie, abandonnant avec joie le fardeau des lentilles de contact, qui avaient elles-mêmes remplacées les lunettes. Pourtant, des années encore j’ai rêvé que je n’y voyais plus, je portais alors angoissée mes mains à mes yeux et me rendais compte que, pas habitude, j’avais remis ces vieilles lune(tte)s qui, ma vue maintenant corrigée, m’empêchaient d’y voir clair.
66. Si l’on comptait en lunes, plutôt qu’en années, Mathusalem n’aurait en fait vécu que 74 ans. Nettement moins extraordinaire. Des chercheurs ont-ils retrouvé des cravates qui datent de Mathusalem?
Hermance

